LUPA surgit d’une plongée dans l’inconscient collectif nourri de l’histoire de la fondation de Rome. Lupa est le prolongement d’une démarche complexe et systémique qui confronte l’histoire, l’archéologie, l’anthropologie et l’histoire de l’art.

Au cours de la résidence, mon travail a consisté à accumuler une quantité importante d’informations et d’iconographies articulées autour du mythe de la fondation de Rome. Ce corpus d’éléments et d’hypothèses constitue une sorte de noyau dur, un inébranlable. Au delà du mythe, au delà de l’antiquité, ma « matière Rome », celle que je me propose de sculpter dans LUPA, s’est coordonnée à une multitude d’images symboliques datant de la réforme et de la contre-réforme, puis à d’autres images plus récentes. Ainsi s’est organisé un ensemble d’arborescences primaires dont le seul lien commun était l’image de Rome.

Rome n’est pas qu’antique, elle est quantique. Les temps ne se juxtaposent pas, ils se superposent et se croisent dans un enchevêtrement de strates. Les cultes ne s’opposent pas vraiment, ils fusionnent par syncrétisme. Les icônes symbolisent non pas un seul pouvoir, mais plusieurs, une même image pouvant déjà signifier une chose et son contraire. Ma « matière Rome » devient un système nodal aux multiples arborescences, où les icônes, les temps et les cultes se croisent en permanence. Pour permettre la connexion entre les arborescences primaires de ce système, j’échafaude de nouvelles arborescences affabulées.

De ce système racinaire naît alors un arbre neuf et original, issu de l’hybridation d’une réalité et d’une interprétation personnelle. Il prend la forme d’un montage-collage complexe, entre l’atlas Mnémosyne d’Aby Warburg et le mur d’une enquête. Son objet : une éventuelle théorie du complot.

Une vidéo, montée à la manière des vidéos complotistes qui circulent partout aujourd’hui sur les réseaux sociaux, accompagne une lecture possible de cet arbre. On y découvre notamment l’existence d’un culte à mystères qui s’est glissé insidieusement dès les prémices de la civilisation romaine en multipliant les dénominations et les ramifications. La découverte archéologique d’un temple consacré à ce culte permet d’introduire de nouveaux dieux aux panthéons mythologiques. Les origines de la Louve (la Lupa), de Romulus, de Rémus, de Faustulus, de Larentia (l’autre Lupa) prennent un nouveau sens, et tout un pan de l’histoire de la ville de Rome bascule contaminé par un doute étrange.

La puissance du faux et l’image cristal, évoquées par Deleuze, la dénonciation de la doxa, propagée par le mythe et chère à Barthes, sont au cœur de notre actualité. LUPA pose la question de la véracité des fondations d’une civilisation, mais également celle de l’existence même d’une Vérité, tant il est vrai que pour s’imposer toute forme de pouvoir dilue le vrai dans le faux, dans la légende, dans le mythe.

LUPA (Démonstration de l'implication de l'ORDR dans la fondation de Rome)